Christopher Maneu
Christopher Maneu
Azure Engineer & Developer Advocate chez Microsoft R&D.
Jul 5, 2016 5 min de lecture

Récit d’incident — La désolidarisation d’un embout buccal

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Billet posté originalement sur medium

J’ai récemment découvert que la CTR Provence publiait des récits d’incidents recueillis via le réseau NEPTUNE. Parmi tous les incidents relatés, il y en a un que j’ai vécu récemment dans une de mes palanquées : la désolidarisation d’un embout buccal (1).

Ce document précise que cet incident est courant. L’ayant vécu également, mais dans une situation légèrement différente, je trouvais intéressant de me plier à l’exercice.

Récit des faits

Je suis en plongée avec deux élèves préparant leur Niveau 2, totalisant moins de 30 plongées. C’est la seconde plongée de la journée, sur un fond de 21m. Les élèves, en fin de formation, sont placés en situation d’autonomie. Au bout d’une trentaine de minutes de plongée, nous croisons une autre palanquée, composé de plongeurs Niveau 1 et de leur guide de palanquée. Après un échange de geste amical (un “coucou” suivi du signe OK), nous continuons dans notre direction.

C‘est à ce moment-là que j’aperçois dans le coin de mon masque que cette palanquée est en train de faire demi-tour. N’ayant pas, au vu du profil de plongée ou de la typographie du site, de raison de faire demi-tour, je décide de me mettre sur le dos pour observer la situation. J’ai à ce moment-là les palmes de mon premier élève en visu, et le second élève ainsi que l’autre palanquée dans mon champ de vision.

Quelques instants plus tard, le guide de palanquée tapote les palmes de l’élève que j’ai dans mon champ de vision, qui se trouve également être sa compagne. Cette taquinerie, que j’ai déjà observé à de nombreuses reprises, a fait que l’élève a tourné rapidement la tête pour voir ce qui se passait. En revenant rapidement à sa position, j’ai tout de suite observé deux choses:

  • Le détendeur principal de l’élève était en train de flotter à côté d’elle,
  • L’élève avait toujours l’embout buccal dans la bouche, la laissant ainsi bouche ouverte.

J’ai tout de suite compris que l’embout était resté en bouche. Je lui ai donc présenté son détendeur de secours tout en lui retirant l’embout de la bouche (que j’ai glissé dans le col de ma combinaison pour le conserver).

Le guide de palanqué de la seconde palanquée est resté auprès de sa palanquée, et suite à un échange de signes OK avec moi, a continué sa plongée. Pendant ce temps-là, l’autre élève s’est positionné à ma droite à bonne distance. Au vu de l’incident, de la situation actuelle et de l’état émotionnel de l’élève, nous avons fini notre plongée et entamé notre remontée. Je suis resté en situation d’assistance jusqu’à l’arrivée en surface. L’autre élève, de par lui même, m’a demandé si elle devait tirer son parachute, ce qu’elle a fait sur ma confirmation.

Analyse de l’incident

Les analyses effectuées par la CTR Provence sont réalisées par un collège d’experts. Leur expertise et travail collectif dépasse de loin l’analyse qui peut être faite par un simple moniteur. Je présente simplement une analyse personnelle de l’incident et de ce que j’en retire à titre personnel.

On peut bien évidemment penser que l’incident ne serait pas survenu sans la taquinerie du guide de palanquée. D’un autre côté, l’incident serait probablement survenu plus tard, comme pendant la plongée profonde prévue le lendemain matin. Pour moi, il fait probablement partie des gestes que les “vieux plongeurs” ont tous vécus/subis; mais qu’il faut désormais savoir abandonner.

Geste perturbateur ou pas, l’embout buccal n’est pas censé se désolidariser du détendeur. Il est normalement maintenu à l’aide d’un collier de serrage plastique (appelé aussi serflex ou colson). L’embout récupéré ne présentait aucun défaut visuel, pas plus que son second étage. Après analyse, il s’avère que l’embout avait été remplacé la veille. Le collier de serrage avait été positionné, mais à l’envers. Une vérification du matériel après le remplacement — par le moniteur ou une tierce personne compétente — , ou l’information sur cet entretien de la part de l’élève aurait pu mettre en évidence ce défaut avant la plongée.

Les facteurs “chance”

Cet incident, bien qu’il ait entraîné la fin de la plongée, n’a pas eu de conséquences. Cela est dû à plusieurs facteurs qu’il est intéressant de souligner. Tout d’abord, mon anticipation d’un événement m’a permis d’être en visuel de l’élève au moment de l’incident. J’ai également tendance à toujours être proche de mes élèves (du moins, plus proche que beaucoup d’autres moniteurs). Cela a considérablement réduit le délai d’intervention, qui plus est sur un élève qui n’avait pas compris la situation immédiatement, et qui s’apprêtait à prendre une inspiration. On peut dire que l’incident est arrivé “au bon moment” du cycle ventilatoire, et le délai d’intervention lui a probablement évité de boire la tasse.

Le guide de palanquée de la seconde palanquée avait l’expérience et la motivation psychologique d’intervenir sur le plongeur en difficulté. Il est cependant resté solidaire de sa palanquée, tout en nous observant et en situation de pouvoir communiquer avec nous. Cette absence d’intervention a permis à sa palanquée de rester en sécurité, et m’a permis d’intervenir sans gêne.

Le second élève de ma palanquée a — là aussi — eu une réaction appropriée. Le positionnement derrière l’épaule droite de l’élève en difficulté et à 1 mètre de nous m’a permis d’intervenir sereinement sur l’élève. Sa proposition de tirer le parachute était également tout à fait appropriée : elle a été faite vers 13m, alors que nous remontions en pleine eau à une certaine distance du mouillage, et que j’étais occupé à rassurer l’élève en difficulté pendant la remontée.

Ce que j’en retiens

Cet incident a confirmé certaines habitudes que j’ai prises, tel que de toujours conserver une distance réduite entre les membres de la palanquée , ou bien de prendre le temps d’observer le matériel de mes élèves (même si c’est du matériel club).

J’ai pour habitude de discuter avec mes plongeurs avant chaque plongée. cependant, la partie de la discussion autour du matériel devrait être plus approfondie. En tant de Directeur de Plongée, il aurait été également utile que je sache la veille qu’un plongeur a eu un soucis avec son embout. Ces deux éléments viendrons certainement enrichir mes prochains briefings et débriefings.

1) L’analyse faite par la CTR est très intéressante, et les conseils en fin de documents méritent d’être lus et appliqués.